Notice
Oeuvre
Giuseppe Tartini (1692-1770)
"Sonate a violino e violoncello o cimbalo"
Sonates pour violon, violoncelle et clavecin
OEuvres premières
Sonata XII en fa majeur, op. 1 n° 12 [B.F4]
Pastorale en la majeur, op. 1 n° 13 [B.A16]
Sonata IV en sol majeur, op. 1 n° 4 [B.G17]
Sonata Terza en do majeur, op. 1 n° 3 [B.C11]
Sonata X en sol mineur, op. 1 n° 10 "Didone abbandonata" [B.g10]
OEuvres secondes
Sonata Prima en ré majeur, op. 2 n° 1 [B.D13]
Sonata IV en si mineur, op. 2 n° 4 [B.h6]
Sonata Quinta en la mineur, op. 2 n° 5 [B.a10]
Sonata XI en mi mineur, op. 2 n° 11 [B.e8]
Interprètes
Enrico Gatti, violon Laurentius Storioni, Cremonæ, 1789
Gaetano Nasillo, violoncelle Barak Norman, Londres, vers 1710
Guido Morini, clavecin Philippe Humeau, d'après Jean Henry Silbermann, vers 1770
Renseignements
65:27 - 64:16 - DDD - Enregistrement réalisé en l'église de Saint Jean de Côle, en septembre 2000 et en mai 2001 - Notes en français, anglais, allemand, italien
Notes
Deux CD récemment parus chez votre chère Abeille, VMS101 et Hyperion CDA67345, vous ont fait connaître l'art de Tartini dans la forme du concerto pour violon. Le voici dans le répertoire de la sonate dont il écrivit une bonne centaine, en particulier la célèbre
Trille du diable ! où il fut également l'un des maîtres incontestés de son époque. Après moult pérégrinations (deux ans de fuite devant les sbires du Cardinal du coin, trois ans à Prague), il s'installa définitivement à Padoue en 1728 et y fonda sa célèbre école de violon, qui lui permit de mettre au point bien des perfectionnements techniques qui ont encore cours de nos jours, en particulier l'usage d'un archet plus long et plus léger. On lui doit bien des compositions d'une hardiesse inusitée à l'époque, autant harmoniquement il lui arrive carrément de se laisser aller à des délires auxquels ses contemporains n'ont rien compris que mélodiquement. Enrico Gatti restitue ces oeuvres dans tout leur éclat original.
Giuseppe Tartini & Enrico Gatti
La musique de Tartini (qui était considéré au XVIIIe siècle comme un des plus grands violonistes et maîtres de violon de son époque) n'est pas très explorée actuellement, se trouvant, pour ainsi dire, à la périphérie de la vie musicale contemporaine.
L'aborder c'est un peu comme escalader une montagne abrupte et ardue : non seulement à cause des aspérités techniques que l'on risque d'y trouver, mais aussi et principalement pour tout ce que cette escalade implique en terme de préparation historique et stylistique de base.
Mais quand on arrive au terme de l'ascension, ce qui nous est offert, c'est la contemplation de la beauté dans la solitude et la paix, la possibilité d'être seul avec soi-même et d'entendre uniquement le son des pensées, le bruissement de milliers de questions sans réponses.
Mon espoir est de pouvoir contribuer, avec mon travail, à une meilleure compréhension de l'art de celui qui fut, à mon avis, un des plus grands violonistes-compositeurs de l'histoire, créateur d'un langage parfaitement personnel et unique.
Comme une montagne, il est immobile dans sa solidité cristalline et il attend d'être exploré avec cette stupeur admirative qui caractérise tous ceux qui aiment se rapprocher de la pureté de la nature.
Enrico Gatti est un artiste rare, dans tous les sens du terme. Rare parce qu'on le voit peu : il aime à distiller ses interprétations dans le cadre et au moment qui lui conviennent et qui l'inspirent. Rare parce que sa pensée, constamment en éveil, lui dicte des options qui créent ce point de non retour à partir duquel les idées ne sont plus ce qu'elles étaient auparavant. Ainsi ses conceptions artistiques sont à la fois originales donc créatives et uniques. Rare enfin parce qu'il se voue à la défense de nobles causes, avec ce raffinement et cette ferveur qui n'appartiennent qu'à lui. Peu lui chaut la carrière, ce qui lui importe, c'est la pensée et la manière dont le discours la transmet.
A première vue, c'est un musicien idéal pour traduire la "cantabilità" italienne : sous l'instrument se cache la séduction de la voix. Mais si l'on affine l'écoute, on perçoit une gamme d'émotions d'une incroyable richesse. Ecoutez par exemple la volupté avec laquelle il distille un phrasé permanent et sans cesse renouvelé. Et imaginez la même musique exposée par un violoniste de formation académique. Il s'agirait en vérité de deux univers antagonistes : là où le second formulerait des clichés, Gatti va au coeur de la pensée de l'auteur comme si sa vie en dépendait dans l'instant. On comprend alors pourquoi cette cause lui est si chère.
On aimera à souligner combien la basse continue fournie par Gaetano Nasillo et Guido Morini soutient avec un total à propos cette conception qui fleure bon la lumière et les parfums du Midi. Ces gens là sont imprégnés de lyrisme et leur science se fait oublier sous la richesse de l'expression.
Michel Bernstein
Directeur de Arcana
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