En 1630, l'abbé jésuite Athanasius Kircher, génie universel et ésotériste, arrive dans les Pouilles pour faire des recherches sur d'antiques thérapies musicales liées au culte de Dionysos. Il publie ses études sur le "Tarantisme" dans son livre "De Arte Magnetica"(Rome, 1641).
Les médecins de son époque observent une maladie, qu'ils appellent le "Tarantisme", provoquée par la piqûre de la tarentule. Le malade ressent une grande tristesse et un abattement angoissant lui donnant la sensation de mourir, suivi d'un désir irrésistible de danser dans une agitation effrénée. Cet état convulsif ne peut être guéri que par la musique qui le fait danser et entrer en transe pendant des heures ou des jours entiers jusqu'à épuisement de ses forces. Quelques sources nous font savoir que le remède était plus efficace, si le malade dansait nu...
Le programme "Antidotum tarentulae", composé de tarentelles vocales et instrumentales, que se propose de créer l'ensemble "L'Arpeggiata", est né d'une recherche sur les sources du XVIIe siècle et sur la connaissance des traditions orales des tarentelles encore chantées et dansées aujourd'hui dans les Pouilles, en Calabre et dans la région de Naples. Cette tradition ininterrompue depuis le temps d'Athanasius Kircher nous a livré des chants d'un raffinement rythmique et mélodique extraordinaire.
Deux chanteurs, maîtres incontestables de ce répertoire, seront exceptionnellement réunis pour ce projet : Lucilla Galeazzi, la voix la plus étonnante de la musique traditionnelle italienne, collaboratrice de Roberto de Simone et Giovanna Marini ; et Marco Beasley, chanteur napolitain qui s'exprime avec l'intensité et la maîtrise d'un chanteur à la fois traditionnel et baroque.
Pour redonner aux Tarentelles leurs couleurs instrumentales d'origine, elles seront accompagnées par des instruments de l'époque d'Athanasius Kircher, décrit dans son "Ars Magnetica", comme la gitarra battente, la guitare baroque, le colascione, le psaltérion, la harpe baroque et la tamorra.
Note de l'Editeur
Tarentole
Petit insecte venimeux ou araignée qui se trouve au Royaume de Naples, dont la piqueure rend les hommes fort assoupis, & souvent insensez, & les fait aussi mourir. La tarentole est ainsi nommé, à cause de Tarante ville de la Pouille où il s en trouve beaucoup. Plusieurs croyent que le venin de la tarentole change de qualité de jour en jour, ou d heure en heure, parce qu elle cause une grande diversité de passions à ceux qui sont picqués : les uns chantent, les autres rient, les autres pleurent, les autres crient incessament ; les uns dorment, les autres ne peuvent dormir; les uns vomissent, ou souent, ou tremblent; d autres tombent en de continuelles frayeurs ou frenesies, rages & furies. Il donne des passions pour diverses couleurs, & fait qu aux uns le rouge plait, aux autres le verd, aux autres le jaune. Il y en a qui en sont incommodez 40 ou 50 ans. On a dit de tout temps, que la musique guerrissoit du venin de la tarantole, parce qu elle reveille les esprits des malades, qui ont besoin d agitation.
Antoine Furetière, Dictionnaire universel, 1690