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Socrate est mort, et ses compagnons sans maître errent dans la nuit, dans le sillage d’Athikté la danseuse, qui incarne la sensualité et l’amour. La rumeur continue de la mer est un rappel lancinant du navire qui, rentré de Délos, signifie l’exécution de la peine de Socrate, comme il était dit dans le Phédon. Telle est l’ouverture de cette veillée mystique, où Valéry renoue avec les dialogues socratiques de Platon. ... Lire la suite Mais comment penser le deuil du Maître quand celui-ci n’est plus là pour questionner ses compagnons ? Déjà dans le Phédon Socrate cherchait à préparer ses proches à l’idée de sa mort en discourant non sans ambiguïté sur le rapport au dieu. Or pour Valéry une telle démarche est intenable : « car on ne peut considérer ce qui exclut ce qui considère ». Et c’est pourquoi il faut congédier Socrate pour penser vraiment sa mort, et envisager la lignée, l’après Socrate, dans une ressaisie de la modernité. C’est là qu’intervient la figure du Daimôn, le démon de Socrate, que Valéry nomme tantôt Hypnos, tantôt Antégo (l’AntiMoi), comme celui qui servira de guide dans cette longue nuit de transition où la philosophie commence à faire le deuil de Socrate. La forme choisie par Valéry est paradoxale. Car comment écrire un dialogue socratique sans Socrate ? Aussi le texte progressera-t-il en détissant peu à peu la forme du dialogue platonicien, et s’inventera dans la fulgurance de l’écriture. Par le foisonnement des notations, Valéry met en scène les diverses positions théologiques dans une perspective diachronique et offre à son lecteur une expérience saisissante où se posent les questions de la croyance, du rapport subjectif au divin jusqu’à son point extrême : quand l’invention du dieu par l’homme est la condition première de la croyance.
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