Résumé de "Une Anthologie"
Proposé dans une édition cartonnée luxueuse déjà utilisée pour QUARTIER LOINTAIN et Le Journal de mon père du même Jirô Taniguchi, ce volume rassemble deux titres du maître japonais précédemment publiés chez Casterman : Terre de rêves, préalablement paru dans la collection Ecritures en 2005, recueil de cinq récits courts centrés sur la vie quotidienne, et L'Homme de la toundra, initialement paru l'année suivante sous le label Sakka, autre recueil d'histoires courtes d'inspiration plus naturaliste. Deux autres histoires
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, inédites en français, viennent compléter cette anthologie de 504 pages.
L'artiste à l'oeuvre
Les éditions Casterman offrent aux lecteurs français un choix de "nouvelles" graphiques de Jirô Taniguchi, publiées sous le titre "une anthologie". Le choix des oeuvres présentées permet de découvrir toutes les facettes du talent de l'auteur. On retrouvera ainsi les thèmes intimistes du souvenir, de la mémoire mélancolique, de l'enfance revécue ou retrouvée dans la veine du "Journal de mon père" ou "Quartier lointain". On retrouvera de même la présence animale, avec des nouvelles dont le thème est la relation avec un animal. Chien, chat ou encore dans un autre registre, l'ours ou le loup, la baleine. "La terre des promesses" semble une longue esquisse préparatoire à ce qui deviendra "Le sommet des dieux" où l'on trouve déjà ce rapport passionnel à la montagne, au défi et surtout au froid. On retrouvera, loin de l'ambiance taoïste des "Années douces", un monde brutal, implacable, inexorable, où le drame et la catastrophe peuvent surgir à chaque pas ou à chaque page. Ces visages pris dans le gel, statufiés par le froid, surprendront chez un auteur qui s'est fait connaître dans un tout autre registre ; doux, chaleureux et paisible. Cette anthologie est comme une pierre aux multiples facettes, un atelier où l'artiste s'essaie à des thèmes et des styles sur une oeuvre brève, avant de se lancer dans un long récit épique comme peut l'être "Le sommet des dieux" (5 volumes) ou encore "Blanco" (4 volumes). Le lecteur a le sentiment d'être dans le creuset de l'alchimiste où des thèmes se croisent, se cherchent, se combinent. On pourrait jouer à voir les nouvelles, les esquisses ou les racines d'oeuvres puissantes à venir ; telle montagne, tel visage, telle situation. On pourrait aussi y voir, comme en musique, des variations sur le thème "A la recherche du temps perdu" et d'un autre côté sur le thème de la nature sauvage qui se dresse face à l'homme façon "Into the Wild". Au sens anglo-saxon du terme, ce volume est un "portable Taniguchi" qui est une remarquable porte d'entrée dans une oeuvre vaste et incontournable.
Stéphane Gillot de la librairie de CANNES