Résumé de "L'homme à la carabine"
L'homme à la carabine brosse le portrait de la bande à Bonnot à travers le destin de son plus jeune membre, André Soudy. Comme Prévert faisait le portrait d'un moineau, Pécherot compose celui d'un bandit tragique, un " Billy the Kid " des faubourgs parisiens. Sous la plume de l'auteur, Soudy devient un gamin rebelle, un Rimbaud tuberculeux qui, après son unique histoire d'amour, se retrouve embarqué dans une aventure qui le dépasse. L'enfance miséreuse, la rencontre avec Jules Bonnot, les casses de Chantilly ou de Montgeron
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et les arrestations finales. tout y est avec, au coeur du récit, ce Pierrot lunaire et désespéré, ce gouailleur guillotiné à 21 ans sans jamais avoir eu de sang sur les mains. Soudy devient le prototype du héros tragique, un gavroche harassé, broyé par une entreprise infernale de destruction. Le principal mérite de ce roman, c'est de nous faire entendre une voix singulière, celle d'un hors-la-loi innocent et, surtout, celle d'une époque. Tendresse à fleur de plume, style en bandoulière, Pécherot rend admirablement bien l'atmosphère industrielle du début du XXe siècle, la misère sociale des banlieues rouges et la soif de justice des miséreux, les coups de feu et les coups de sang. Construit à partir d'instantanés, de courts chapitres éclatés qui sont autant de " flashs " d'une beauté à couper le souffle, le livre fonctionne comme un album photo jauni, qui accumule des moments pris sur le vif et finit par raconter plus qu'une simple histoire de gangsters. On navigue d'un casse vu par la bande aux souvenirs d'André ; du récit procédural des flics aux échos de la rue. Le roman avance comme un bateau ivre, remonte le temps, scrute les ombres, dissèque les mythes et mélange polar, mémorial et hommage à un certain idéal anarchiste. Car derrière l'histoire de la bande à Bonnot, Patrick Pécherot poursuit l'empreinte du mythe : c'est l'héritage d'André Soudy et le chemin d'une certaine rébellion, mais aussi d'une certaine innocence, que l'on découvre.
Dialogue de libraires :
- Dis, le dernier Pécherot, tu le rangerais où ? D'habitude, c'est du polar qu'il écrit ! Là, je ne sais pas. J'hésite entre policier et littérature. J'ai regardé le sujet, j'ai jeté un oeil. Il a l'air plutôt bien mais j'hésite.
- Ah oui, je viens de le finir. L'éditeur me l'avait envoyé. Quel bouquin !
- Tu l'as lu ? Tant mieux, tu vas pouvoir me dire dans quel rayon je le mets.
- Ça m'a plu : d'abord, il y a cette couverture. Puissante. Cette photo ancienne, un peu piquée, magnifique. Regarde ce type qui nous met en joue avec sa carabine. Regarde son regard. Le roman ressemble à la couverture : fort. Il a un punch terrible et il vise juste. C'est fait de petits chapitres très courts qui se succèdent et qui se bousculent les uns les autres et qui nous bousculent. Un peu comme toutes ces petites gens et ces traîne-galoches qui en sont les personnages.
- Ça ne me dit pas si je le classe en polar ou en littérature !
- Tu devrais le lire. Il te plaira. Il est bourré de talent ce Pécherot ! On sent qu'il vit à fond son sujet et ses personnages. Et puis, c'est écrit. Pas d'un style ampoulé, coincé, non : on sent qu'il aime Brassens, Ferré, Vian. Il goûte les mots. On patauge dans le quotidien, dans le vécu, dans le glauque et le poisseux. On lui sent une attirance pour le monde de la révolte au petit Pécherot. Un petit côté anar à la Léo Malet qui n'est pas fait pour me déplaire...
- Je retiens. Et donc le rayon... Plutôt polar alors ?
- Je te le passerai. Tu verras. Un chouette moment en perspective ! La bande à Bonnot, tu parles. Avec un sujet comme celui-là, il avait de quoi se ramasser. Du déjà vu, du déjà traité, tous les clichés étaient imaginables : les hold-up sanglants, les poursuites en bagnoles, les caches miséreuses. Au lieu de ça, il a fait de l'émouvant, de l'authentique, de la vie quoi ! Il en a fait du neuf. La traque des derniers de la bande, quelques Rimbaud pathétiques, qui finiront évidemment par laisser leur peau sur le pavé ou sur l'échafaud.
- Ecoute, je le lirai. En attendant, je te laisse le soin de le classer. Quand ça sera fait, dis-moi simplement si tu l'as mis en polar ou en littérature...
Jackie Weiss de la librairie de REIMS