Résumé de "Correspondance T.2"
La chronique de Lire
Le pur plaisir d'écouter un esprit caustique
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Nous lisons certains écrivains pour leur importance, pour l'influence qu'ils ont exercée ou parce qu'ils ont été des novateurs. Rien de tel chez Léautaud. Bien loin de renouveler quoi que ce soit, il s'est efforcé d'écrire comme Voltaire ou Diderot; il n'a pas eu l'ombre d'un disciple; et l' "importance" était l'une des choses qui déclenchaient régulièrement son rire sardonique. Un seul motif nous pousse donc à le lire: le pur plaisir d'écouter un esprit caustique exprimer une vision du monde aussi étriquée qu'originale. Sa Correspondance, publiée en 1972 par Marie Dormoy et rééditée pour la première fois en poche, ne manquera pas de ravir les nombreux drogués qui ne peuvent tenir plus d'un mois sans feuilleter son Journal littéraire. La période couverte est ici encore plus vaste: de 1878 à 1956.
Les destinataires se nomment Valéry, Louÿs, Schwob, Régnier, Paulhan, Billy, Gallimard. Les chats perdus et les chiens sans collier y occupent une place prépondérante, tout comme la Panthère, cette maîtresse aussi chaude à l'horizontale qu'acariâtre à la verticale ("Ma chère amie et adorable cul...").
Le plus étonnant dans ces lettres, c'est la constance de leur auteur. Gamin de Paris abandonné par sa mère, saute-ruisseau, modeste employé du Mercure de France, puis vieux ronchon, il demeure fidèle à lui-même et à ses goûts. Il chante les louanges de Stendhal et de son ami Guillaume Apollinaire, il milite à la SPA et dégonfle sans relâche les baudruches de son époque et de tous les temps. Plus il affiche une abominable mauvaise foi, plus il nous plaît. Son apolitisme abyssal, sa passion de l'infiniment petit, son ricanement devant toute "profondeur" sont délectables.
Et quand par aventure il formule une idée générale, la fadeur humanitariste est rarement au rendez-vous. Tel ce jugement sans appel posté à André Gide en 1945: "Quand on vieillit, qu'on a pris l'expérience de ce que sont la société et les hommes, on arrive à cette opinion que la plupart ne sont bons qu'à mourir sur les champs de bataille, ou à peupler les bagnes, les prisons, ou les asiles d'aliénés. Mes sentiments les plus cordiaux."--Didier Sénécal; © Lire --