Quand, il y a quelque vingt années de cela, René Creux et Franco Maria Ricci décidèrent de consacrer un ouvrage à Charles Frédéric Brun, dit "le Déserteur", obscur imagier dont les peintures ornaient encore quelques murs des maisons du Valais, ils demandèrent à Jean Gino, chantre d'une Provence des hauteurs et un temps objecteur de conscience, d'en rédiger le texte. C'est ainsi que le grand écrivain, quittant Manosque, visitera les villages suisses où le Déserteur avait fait halte au cours de son errance. Là, il découvrira les oeuvres de l'artiste (chez le curé, chez le pharmacien, chez les notables) et cherchera, dans les vallées, à retracer l'histoire du personnage.
Les poches vides, Charles Frédéric Brun était entré en Suisse clandestinement, par les montagnes - en ces temps-là, vers 1850, elles étaient désertes, dépourvues de sentiers, en un mot affreuses. Il s'arrêta dans la petite commune de Nendaz et, jusqu'à sa mort, en 1871, y peindra des tableaux que les habitants des lieux lui payaient d'un peu de pain, de fromage, de lait et parfois, rarement, de menue monnaie. Qu'il redoutât la justice était manifeste : il couchait dans des greniers, dans des cabanes, à l'abri dans les bois, jamais dans un lit, jamais dans une maison, et la vue d'un gendarme, fût-ce à distance, le faisait fuir. Par un processus singulier, cette existence de hors-la-loi, misérable, hasardeuse, suscitera dans l'imaginaire de l'artiste un déferlement d'ors, de fleurs, de saints couronnés. Un enchantement hors du temps.
Texte de Jean Giono148 pages, 42 planches en couleurs collées à la mainEdition à tirage limité, exemplaires numérotés, imprimés sur vergé bleu de Fabriano, reliés en soie "Orient" noire avec dorure à l'or fin, coffret de bibliothèque