Résumé de "La carte et le territoire"
Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman, devait vous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre.
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Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passe seul de nombreux réveillons de Noël. Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russe rencontrée au début de sa carrière, lors d'une première exposition de son travail photographique à partir de cartes routières Michelin. C'était avant que le succès mondial n'arrive avec la série des " métiers ", ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l'écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l'exercice de leur profession.
Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police. Sur la fin de sa vie il accèdera à une certaine sérénité, et n'émettra plus que des murmures. L'art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort, le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thèmes de ce roman, résolument classique et ouvertement moderne.
Critiques presse
Son roman peut-être le plus accompli, certainement le plus ironique, sans doute le plus profond.(Nathalie Crom - Télérama,01/09/2010)\\Houellebecq, lui, s'affirme comme un moraliste et pas seulement comme l'entomologiste qui se promène au milieu de ses semblables, la loupe à la main. Mais un moraliste un peu nostalgique, alternativement féroce et presque attendri, qui fixerait soigneusement "sur sa toile" les dernières images d'un monde voué à l'extinction - comme une sorte d'inventaire loufoque et méticuleux, avant liquidation.(Raphaëlle Rérolle - Le Monde,02/09/2010)\\Une oeuvre majeure qui fait honneur à la littérature.(Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche,01/01/2070)\\Un tournant dans l'histoire littéraire.(Benoît Duteurtre - Marianne,01/01/2070)\\Du Houellebecq majeur.(Didier Pourquery - Le Monde,01/01/2070)
Un artiste contemporain d'un naturel calme, ne se prenant pas au sérieux et poursuivant son chemin sans prendre en otage son public, ni lui imposer sa vision du monde. Une créature purement littéraire qui n'appartiendrait qu'à l'univers de Michel Houellebecq ? On aimerait pourtant en rencontrer plus souvent !
Dans son dernier roman, l'auteur des Particules élémentaires ose franchir le cap qui sépare la réalité de la fiction. Il mêle des personnages fictifs comme l'artiste Jed et d'autres bien réels tels que Beigbeder, Jean-Pierre Pernaut, et surtout lui-même ! Peu d'écrivains traversent cette frontière littéraire, car la polémique médiatique et les procès abusifs sont souvent en embuscade. Qui oserait - sinon lui - dresser le portrait des icônes tendances comme Jeff Koons et Damien Hirst, cet Eros et ce Thanatos se partageant le marché de l'art contemporain ?
Dans La carte et le territoire, le lecteur retrouvera ce fameux coup de pinceau qui avait valu à Michel Houellebecq ses premiers succès. Ses talents de romancier-sociologue sont donc de retour. Sa recette est simple : il nous dévoile le quotidien tel qu'il est, sans retouche, prenant au contraire le parti d'en enlever les paillettes factices, tout en évitant le piège de déraper dans le sordide.
Le résultat : Un tableau réaliste de notre société où l'amertume et la lucidité se partagent le territoire. Relevons cette scène du repas de noël :
L'artiste dîne en tête à tête avec son père. Le silence et la solitude sont oppressants. L'ambiance glauque du restaurant est si bien rendue qu'elle nous évoque inévitablement les toiles désenchantées d'Edward Hopper.
Le quotidien, l'ordinaire : c'est de la matière première sous-exploitée pour le romancier d'aujourd'hui. Houellebecq s'en empare avec une aisance déconcertante.
C'est probablement là que réside la quintessence de son talent. En voilà un auteur fascinant : il arrive à nous captiver en parlant durant quelques pages d'un vieux radiateur en fonte !
Etonnant funambule des lettres : vers le milieu du livre, il s'offre le luxe d'une virée soudaine dans le roman noir ! Caprice d'écrivain gâté qui saborde son bel ouvrage ? D'abord surpris, le lecteur est rapidement conquis par cette rupture des codes littéraires, car son style semble s'accommoder de toutes les extravagances. Peut-on d'ailleurs citer un auteur possédant un degré tel d'autodérision, au point de se mettre en scène en écrivain négligé, se faisant assassiner, puis effectuant son dernier voyage dans un cercueil d'enfant ?
Glauque, sans espoir, degré absolu du nihilisme littéraire ? Son inimitable ton ironique et décalé n'arrive cependant pas à couvrir un certain sentiment de malaise. C'est le signe qu'il a rempli sa mission : le Houellebecq miroir de la société a fonctionné à merveille. Laissons le mot de la fin à Stendhal :
"Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l'azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l'homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé... d'être immoral !
Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l'inspecteur des routes qui laisse l'eau croupir et le bourbier se former."
Deux siècles séparent Houellebecq de Stendhal, et pourtant cette citation se prête à merveille à l'auteur de La carte et le territoire. Reste à savoir si les critiques sauront différencier le miroir de l'homme ?
Laurent de la librairie de PERPIGNAN