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Notre mémoire nationale est en crise. Notre roman national est en panne. Ainsi naît notre peur, un peu honteuse de sortir de l'histoire. D'une mémoire laïque fondée sur l'histoire, nous passons à une mémoire-religion que cultivent toutes les politiques identitaires. Nous rentrons dans l'ère de la mémoire numérique où, noyée dans un océan de signes, plus rien ne s'oublie, où tout peut se rappeler à nous-mêmes, dans un " perpétuel présent ". Depuis plus de cinquante ans, la mémoire est devenue un devoir, après la tragédie ... Lire la suite absolue de la Shoah, posée comme pierre fondatrice de notre Europe. En face, le droit à l'oubli dans nos sociétés techniques du numérique, du " tout mémoire ", s'impose comme un absolu démocratique. La crise actuelle est aussi culturelle, les débordements économiques actuels sont nés de véritables défaillances culturelles. D'une perte de repères historiques. D'une absence de mémoire. Nous refaire une mémoire moderne, voilà sans doute, notre plus essentiel défi, pour éviter de voir le monde nous oublier, et nous-mêmes nous cantonner à mimer avec nostalgie les fables de notre enfance.
D'accord, c'est peut-être moins distrayant que le dernier Harry Potter, mais il faut absolument lire ce petit essai passionnant écrit par le PDG de l'INA. Arguments à l'appui, Emmanuel Hoog y dresse un constat alarmant sur l'état de notre mémoire collective: à l'heure où le roman national est en crise, le passé est devenu un refuge, le patrimoine une obsession et la nostalgie un argument marketing. Quant aux nouvelles technologie, elles mettent à mal les équilibres traditionnels de la mémoire en accumulant à l'aveugle les traces du passé. Sur le disque dur, rien ne s'oublie! Pour Emmanuel Hoog, cette crise ne peut avoir qu'une seule réponse: l'éducation et la culture.
Saviez-vous qu'il se prenait 50 millions de photos numériques par heure dans le monde en 2007? Où que Google stockait dans ses ordinateurs des informations équivalentes à plusieurs dizaines de milliards de livres? Deux exemples parmi d'autres qui appuient la thèse que soutient Emmanuel Hoog dans cet essai passionnant: les technologies numériques font entrer l'humanité dans l'ère du "tout-mémoire", où tout se garde et plus rien ne s'oublie. Alors que la mémoire collective française traverse déjà une crise depuis les années 1970, l'auteur pointe les limites et les dangers d'une telle évolution. Face à ces innombrables traces du passé, peut-encore faire le tri? Et y a-t-il encore une place pour les notions de progrès et d'histoire collective?
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