Résumé de "Atrabile"
C'était un de ses projets, depuis longtemps.
Etre un survivant de l'apocalypse. comme dans ces films où le héros est seul, après la fin du monde. alors, un soir, en rentrant du lycée, il décide de partir.
Personne ne doit savoir où il est. personne ne doit savoir qui il est. la côte d'azur, il aimait pas trop. mais maintenant que son grand-père est mort, son appartement dans le sud est une planque idéale. là, personne ne vient le chercher. personne ne le remarque.
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Il est atrabile, un garçon plein de mystère et de noirceur.
Mais il suffit d'une fille, à un arrêt de bus sous les palmiers, pour ne plus se croire le seul survivant.
Car il y a forcément une fille, rescapée comme lui, qui l'attend quelque part...
Biographie de l'auteur
Hélène Gaudy est née en 1979. Après une formation aux Arts Décoratifs de Strasbourg, elle vit actuellement à Paris où elle participe à la revue littéraire Inculte. Elle est l'auteur d'un premier roman pour adultes, Vues sur la mer (Les Impressions nouvelles août 2006), qui a été sur la sélection du Prix Médicis. Atrabile est son premier livre pour la jeunesse.
Extraits
J'ouvre la porte de l'appartement de mon grand-père.
Il y a toujours ces tas, ces tas de tout partout, ces tas de n'importe quoi, de papiers et d'enveloppes, de magazines, d'assiettes, de pierres précieuses de bazar, de Kleenex, de vieux cahiers. Rien n'est comme avant, quand on venait ici en vacances, quand tout était propre et rangé et normal, quand mon père allumait le compteur, levait les stores et s'exclamait : « Grand beau sur les Alpes ! »
Je fais un pas dans le couloir. Je laisse tomber mon sac par terre. Je m'assois dessus. Je mets longtemps à oser refermer la porte, à être vraiment tout seul ici, plus rien que lui et moi, l'appartement et moi dedans.
Je me dis, tu vois, Atrabile, maintenant, tu es là. Il n'y a aucun bruit. Les stores sont baissés. Une lumière faible dessine des traits jaunes sur le sol. Je n'aurais jamais pensé avoir peur. Je ne suis pas du genre à croire aux fantômes. Même quand j'étais petit, ça me faisait rire, ces histoires de chaînes et de draps. Et puis, mon grand-père ne m'a jamais fait peur.
La dernière fois que je l'ai vu, il m'a semblé minuscule. Il portait une espèce de short qui lui remontait jusque sous la poitrine et des bretelles, des bretelles comme un gosse. Il était là, au milieu de tous ses tas, il ne savait pas où nous asseoir, il n'y avait pas une chaise de libre, elles étaient toutes ensevelies sous la paperasse. Mon tout petit grand-père s'agitait, pestait. Il n'avait pas l'air très content de nous voir mais moi ça ne me vexait pas, je comprenais qu'il soit bien là, tout seul dans son fouillis à lui. Nous, on venait casser son silence et déranger ses tas. En nous voyant partir, il a dû se sentir soulagé, retourner tranquille à son désordre. On est rentrés à Paris, loin du Sud et de mon grand-père dedans, de ses stores fermés dans l'odeur du soleil.
C'était comme ça depuis des années, lui tout seul dans cet appartement. Alors on ne pouvait pas deviner que ça irait si vite. Que moins d'un mois plus tard, il ne serait plus là.
Je n'ai pas été triste quand il est mort. On ne se connaissait pas, lui et moi. Faut dire qu'il n'avait jamais eu très envie de me connaître. Quand mon père lui parlait de moi, il tournait la tête comme si je n'étais pas là, il marmonnait des choses, changeait de sujet, et je regardais ses mains pleines de taches posées sur la table, toutes petites et fermées comme des poings de bébé, et je me disais qu'il ne me voyait pas, que j'étais Atrabile, invisible et secret, que c'était normal qu'il ne s'occupe pas de moi.
Alors quand il est mort, je n'ai pas été triste. J'ai fermé les yeux et je me suis concentré très fort, pour voir si ça changeait quelque chose, qu'il ait disparu. J'ai serré les paupières et je suis rentré tout au fond de moi pour y trouver un morceau de tristesse, une larme qui serait restée coincée, pour voir si tout était devenu plus vide, depuis qu'il était parti.
Mais je n'ai rien senti. J'ai rouvert les yeux. J'étais comme un con roulé en boule sur le canapé. Et autour de moi rien n'avait changé.
Maintenant, je suis là, assis sur mon sac, dans l'appartement de mon grand-père qui est parti. Je suis cet imposteur.
Peut-être qu'à la maison, déjà, ils me cherchent. Peut-être pas.