Résumé de "Epitre de la queue"
Adieu, belles almées langoureuses des paradis orientalistes, alanguies sur leurs coussins de velours, le regard vague. Adieu, poses lascives et visages entrevus derrière les moucharabiehs et les persiennes, adieu, érotisme
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Fantasmé d'un Orient de légende, complaisamment fabriqué, servi réchauffé par des générations d'érotomanes de cabinet. Adieu ! Place à l'obscénité du réel, à la satire brutale des copulations, à la dérision des postures les plus dégradantes, aux vices et à l'interdit. Les deux textes (l'un persan et l'autre ottoman d'expression arabe) que nous présentons ici s'inscrivent dans la tradition séculaire du hazl, l'obscénité divertissante. Ils sont
Inconnus en Europe (et avec eux l'immense corpus auquel ils appartiennent) parce qu'ils choquaient les orientalistes d'alors qui ne cherchaient qu'à confirmer, par leurs lectures, l'idée d'un Orient langoureux, sucré et délétère. Ces prudes philologues occidentaux ne voyaient dans cette pornographie burlesque qu'une perversité au mieux condamnable, indigne en tout cas de leur intérêt.
Jusqu'à ce jour, ces obscénités sont donc restées dans l'ombre.
Certes, il s'agit de pornographie, donc d'un genre mineur et grossier, mais de pornographie comprise comme un des beaux-arts, non pas de l'industrie contemporaine des corps que décrit Adorno, ersatz mercantile d'un éros toujours refusé, qui substitue ses images standardisées à l'imagination dans un but exclusivement économique. Ici, la pornographie, l'obscénité est un divertissement de lettré, cultivé, subtil et intertextuel, qui utilise toutes les ressources de la poésie, du pastiche, de la satire, de la charge et du mélange. Évidemment, le vocabulaire est crû, vulgaire ; on ne nous épargne aucun fluide, aucune déjection, aucune perversion. Que se soit L'Épître de la queue, les aventures en vers du chevalier Bite, ou les péripéties en prose du narrateur des Séances salées (et salaces), tous deux cherchent avant tout à divertir : l'obscénité, c'est désigner l'interdit, le montrer et l'utiliser pour provoquer le rire.
Ces deux lointains cousins des auteurs de L'Album zutique nous montrent que nous n'avons pas le privilège de l'humour gras, bien au contraire, et que ce que d'aucuns se plaisent à appeler « culture musulmane » n'est ni aussi uniforme, ni aussi islamiste que certains voudraient nous le laisser croire.
Oyez donc, braves gens, ce que ces vits racontent :
Ces héros de légende, toujours la goutte au nez
Morveux, désespérés, ne cherchent en fin de compte
Que des fesses accueillantes, pour y éternuer.