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Auteur :
Cousseau, Alex
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Né en 1974 à Brest, Alex Cousseau vit près de Vannes (Morbihan). Il a publié dans la collection Zig Zag : Tout le monde s'embrasse sauf moi (2004), Des cerises plein les poches (2005), Ça tourne pas rond (2005), Déguisés en rien (2006) et Prune et Rigoberto (janvier 2007). Dans la collection doAdo : Poisson Lune (2003), Le Cri du Phasme (2005), Sanguine (2005) et Soleil métallique (janvier 2006).
Je n'aime pas parler au passé, j'ai l'impression de parler aux morts. Le jour des morts, mes ancêtres déterraient leurs aïeux. Avec des pelles et des pioches, les hommes creusaient dans un triangle de terre sèche délimité par trois cactus et plusieurs buissons épineux. Ils finissaient à mains nues, pour ne pas risquer de casser les os. On ne savait plus exactement qui était qui, parce qu'ils reposaient tous dans une même fosse. Les os et les touffes de cheveux se mélangeaient à la terre, aux racines, on sortait tout en vrac et, sous le soleil, on laissait les corps sécher plusieurs heures. Pendant ce temps, les femmes déposaient des offrandes autour. Des foetus de mouton, des feuilles de coca, de l'alcool. Et on priait. Quand la pluie menaçait, on disait que les morts se manifestaient, qu'ils avaient encore trop de nuages dans la tête et qu'il fallait laisser le vent les éparpiller dans le ciel. Qu'ils puissent dormir en paix. J'ai dû assister à cette cérémonie huit fois, mais je ne me rappelle que de la dernière, l'année de mes huit ans. Tout me paraissait absolument naturel. Et ça l'était. En voyant ma grand-mère s'agenouiller sur la dépouille supposée de son père, poser ses mains sur les os effrités et fermer les yeux, tout naturellement je la rejoignais et je fermais les yeux à mon tour. Je faisais le vide. Dans le vide de mon corps, au bout d'un instant, des petites taches colorées apparaissaient. C'était sans doute le soleil qui me tapait sur le crâne, mais ma grand-mère disait qu'il s'agissait de ma propre lumière. La lumière du Je, disait-elle. Celle que tout le monde cherche et avec laquelle chacun a le devoir de regarder vers l'extérieur, vers l'avant, et pas dans le Je. Évidemment, à huit ans je n'y comprenais rien, je faisais semblant d'approuver pour ne pas fâcher Grand-mère et, maintenant que j'en ai seize, je ne peux pas dire que la lumière du Je m'ait éclairé sur quoi que ce soit. Disons que je continue de faire semblant, en attendant mieux. Grand-mère disait aussi, ton corps est un oeil, l'oeil véritable. De ceux qui bouchent deux des trous de ton visage, pas grand-chose à dire sinon qu'ils sont désespérément décevants. En fait elle en connaissait un rayon question vie de l'esprit et du corps, mais ça ne lui a pas servi à grand-chose le jour où, avec tout le reste de la famille, elle s'est fait trucider par des hommes armés qui nous avaient confondus avec une bande de narcotrafiquants. On est restés seuls, mon frère Yayo, ma petite soeur Tiza, et moi, dans la maison brûlée. Les hommes armés nous avaient épargnés. Pourtant, ils n'avaient pas fait de détail avec les animaux. Nos quelques chèvres et l'unique cheval y étaient passés de la même façon que mes tantes, oncles, père et mère. À la kalachnikov et au couteau. Mais nous trois, non.
Leurs parents adoptifs sont partis pour quelques jours à Venise, et durant une journée qui aurait dû être ordinaire, les deux frères, d'origine sud-américaine, vivent des événements inexpliqués, entre rêves et réalité. Ils sont arrivés en France il y a huit ans, après le massacre de leur famille par des hommes armés en lutte contre les narco-trafiquants. Ils étaient accompagnés de leur petite soeur Tiza qui est décédée sitôt débarquée, c'est du moins ce qui leur a été raconté. Le narrateur (qui n'a pas de nom) est habité par la figure de la grand-mère, qui vient le visiter quotidiennement dans ses rêves. Cet ado d'origine indienne se voudrait insouciant, mais il est aux prises avec l'âme des morts, qu'il lui semble voir voguer même dans les nuages. Quant à son frère Yayo, c'est un garçon attardé, mais comme dit son frère, « il n'est pas débile, il est juste pas normal ». Yayo semble en tout cas avoir un instinct particulier, car lorsque les deux frères partent tôt le matin pour une partie de pêche sur le lac, il devine que quelqu'un est allongé dans une barque qui dérive sur l'eau. À partir de cet instant, la journée dérape : c'est un poney mort qui se trouve dans la barque, et le poney était l'emblème censé représenter leur petite soeur Tiza, est-ce que pour cela que, plus tard, Yayo fera la toilette mortuaire du poney comme s'il était un humain ? Il y aura aussi la rencontre avec un vieux monsieur, Richard, dit le père Carpe par Yayo parce qu'il ne parle pas, et qui vient (par inadvertance ?) de se tirer une balle dans la jambe. Débarque ensuite Clarisse, la propriétaire du centre équestre, une femme d'une soixantaine d'années à la carrrure imposante, qui déclenche chez le narrateur le sentiment troublant de l'avoir déjà vue, une sorte de sosie de sa grand-mère. Elle est à la recherche de deux chevaux et d'un poney disparus durant la nuit, et le comportement bizarre des deux frères fait naître chez elle des soupçons. Yaho est-il si innocent que ça ? Mais c'est Clarisse qui va aider au final les deux ados à remettre les pieds sur terre, et leur promettant de les aider à savoir, vraiment, si leur petite soeur Tiza est vraiment morte, ou bien adoptée par une autre famille lors de leur arrivée en France...
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